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- Bonjour Morgane, tu es photographe de plateau mais tu réalises aussi des portraits et des books pour artistes. Comment as-tu débuté ?
Au départ, je ne pensais pas être photographe. J’étais fascinée par le cinéma, je me suis lancée corps et âme dans l’idée d’être réalisatrice. J’ai fait des études, des courts métrages. Un jour, j’ai dû quitter mon école de cinéma.
Par dépit, je me suis réfugiée sur une formation photo, je pensais qu’elle allait m’en apprendre plus sur l’image. Après un an de formation, j’étais toujours persuadée de vouloir faire seulement du cinéma, puis petit à petit, en rentrant dans le monde du travail, la photo m’a très vite rattrapée et ne m’a plus jamais quittée.

©Morgane Launay
- Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire de la photo ?
Je vais encore parler de cinéma, mais depuis toute petite, j’ai vu mon grand-père avec une caméra, faire des films pendant les événements importants de la famille. Il avait une sorte de repère dans son sous-sol, aménagé en salle de montage avec des grosses machines impressionnantes. Je pense que ça m’a amené la curiosité. La vraie envie est née plus tard, en regardant des films et des clips.
- As-tu un photographe de prédilection ?
Je dirais Wim Wenders, il est surtout réalisateur, mais aussi un peu photographe. Il a sorti pas mal de livres de photos dont Once que j’aime beaucoup.
J’ai toujours aimé son travail, il se renouvelle tout le temps. Entre Les Ailes du désir, Land of Plenty et Pina 3D, il y a un énorme fossé, de prime abord, on ne penserait pas que ce soit le même homme qui ait fait ces films. Sa femme aussi Donata Wenders, j’ai découvert son travail à la galerie Polka l’an dernier. Elle aussi est photographe de plateau, souvent sur les films de son mari, mais aussi photographe de la vie. C’est très beau ce qu’elle fait, tout en douceur.

©Morgane Launay
- Tu viens de terminer un documentaire ” 7/77 Montréal ” avec Seb Houis. Parle-nous de ce projet.
Au départ, c’est parti d’un constat simple : pour moi, l’intérêt de visiter une ville, réside surtout dans les gens qui la vivent.
J’ai commencé à Berlin en 2007, avec un petit court métrage. J’ai continué à New York en 2009, avec un livre « My New York, Portraits d’une ville », où j’interrogeais et photographiais 12 New Yorkais dans un lieu de la ville qui compte pour eux. J’ai aussi fait une expo de ce projet qui a pas mal tourné, jusqu’en Indonésie.
Pour le dernier, 7/77 Montréal qui est un long métrage documentaire, je me suis associée avec Seb Houis qui est réalisateur. On a eu cette idée un peu folle de faire le portrait d’une personne par âge entre 7 et 77 ans dans un lieu de Montréal qui compte pour elle.
On a eu à peine 40 jours de tournage en octobre / novembre 2011, c’était un beau défi, et une grande course contre la montre. La course contre la montre a continué à notre retour, puisqu’on était invité à présenter le film terminé à la nuit blanche de Montréal en février. C’était vraiment beau de pouvoir retourner et de présenter le film là bas en premier. Puis ce qui est drôle, c’est que maintenant on est des vraies encyclopédies sur pattes en ce qui concerne cette ville.

©Morgane Launay
- Tu as également à ton actif un livre ” My New York “. J’ai cru comprendre que ce projet de livre à été semé d’embûches ?
Alors, ce n’est pas tellement le projet qui a été semé d’embûches, mais plus la vie sur place. Quand on est arrivés, la chambre qu’on avait réservée n’existait pas. Pendant le voyage, mon appareil photo m’a lâchée, l’ordinateur de mon ami est mort aussi. Un jour, mon passe de métro était démagnétisé, il pleuvait des cordes, c’était une entrée sans guichet, en bon français que nous sommes, on est passés à deux dans le portique. La police du métro nous attendait, et nous a donné une jolie amende. Là-bas, on ne plaisante vraiment pas avec la police.
Et enfin, j’ai eu un problème de santé, j’ai dû me faire opérer direct en rentrant en France.
Donc oui, on a eu une énorme poisse, mais l’aventure humaine était géniale, parce qu’à côté de ça, tous les gens ont été adorables. On a rencontré un agent immobilier, qui n’a pas hésité à nous faire dormir à l’agence immobilière après qu’un de ses clients ait finalement refusé de nous laisser dormir dans son appartement avant d’avoir pu signer les papiers avec son avocat, le lendemain.
Et maintenant, quand je repense à ce voyage, je ne me souviens plus de ces mauvais côtés, je me rappelle juste de ces gens qui ont fait ce beau livre avec moi. Et puis ce sont de belles aventures à raconter pour quand on sera vieux !
- D’autres projets de livres ?
D’autres projets de films surtout, dans la lignée de ce dernier. Mais comme ces films sont aussi photographiques, j’espère effectivement qu’on pourra en faire un livre.

©Morgane Launay
- Revenons à ton activité de photographe de plateau. Est-ce plus difficile que le portrait ? Comment travaille-t-on en tant que photographe sur un tournage ?
C’est complètement différent. Dans le portrait, le photographe est acteur de la situation, c’est lui qui mène la danse. Sur un plateau, je suis seulement spectatrice, avec l’œil de mon appareil.
Pendant un tournage, il y a toujours une énorme effervescence, tout le monde a une tâche précise et doit la faire au plus vite. De ce fait, il faut savoir se faire discret, ne pas trop interagir avec la situation, ne pas se mettre dans le chemin d’un électro qui doit porter une grosse lampe, tout en comprenant rapidement ce qui se passe pour savoir ce qu’il y a à photographier.
Une équipe de tournage, c’est une sorte de grosse colonie de vacances, où tous les gens fusionnent très rapidement, où tout se vit un peu plus intensément. Il faut donc, tout en restant discret, se faire sa place face au groupe, ce qui est délicat, puisqu’on est la seule personne de l’équipe qui ne sert pas directement à faire avancer le film, du moins pendant le tournage.
- Quel matériel utilises-tu ?
J’avais un Nikon avant pour lequel j’avais récupéré pas mal de vieilles optiques très chouettes. Quand Canon a lancé la vidéo, j’ai fini par déguerpir chez l’adversaire pour ajouter l’image animée à mon arc. J’ai donc opté pour le plein format avec le 5D mark II. J’ai gardé ces vieilles optiques que j’utilise avec des adaptateurs.
Le reste du temps, j’aime bien jouer avec quelques argentiques. Mon dernier coup de cœur c’est un Exa 1b, un petit 35mm avec une visée poitrine et une monture M42, je le ballade presque tout le temps avec moi, c’est l’appareil qui me sert à capturer la vie de tous les jours.
- D’après toi, quelles sont les qualités qui sont demandées pour être un bon photographe ?
Comme dans tout métier, je pense qu’il faut avant tout l’œil. Après être intelligent, sympathique, rigolo, rigoureux et j’en passe, ne gâchera jamais rien.
Si l’on aime vraiment ce qu’on fait, il faut juste pousser à fond tous les boutons et tout faire avec passion. Il y a tellement de définitions du bon photographe qu’avec la volonté, on peut toujours le devenir.
Par contre, être un photographe qui gagne sa vie grâce à la photo, c’est une autre histoire.

©Morgane Launay
- Serais-tu prête à travailler gratuitement en échange de publicité ?
Je collabore régulièrement avec des artistes, des projets que j’aime et que je supporte, que j’ai envie de voir évoluer. Faire des photos gratuitement pour un projet dans lequel on croit, c’est faire un pari pour l’avenir.
Après, c’est différent en ce qui concerne la vraie publicité. Je vois souvent fleurir des concours de grandes marques qui proposent aux photographes « amateurs » l’honneur de figurer sur la campagne de la marque. C’est super attrayant quand on veut se faire un nom, mais il ne faut pas oublier que derrière tout ça, ce sont des grands financiers qui cherchent à faire travailler des gens gratuitement.
Donc je suis assez contre ce genre de pratique, parce que cela ne donne pas tant de visibilité que ça, et qu’en participant à cela, on se tire une balle dans le pied pour l’avenir, on contribue à notre propre dé-crédibilisation, et à celle du métier de photographe.
- Quels conseils donnerais-tu à une personne qui souhaite se lancer ?
De faire les choses à fond, d’aller au bout de ses idées. De ne pas trop se laisser influencer.
- Quel a été le moment le plus embarrassant depuis que tu pratiques la photographie ?
Les moments embarrassants, ce ne sont pas vraiment des moments de photo, c’est plus dans les réunions de famille, quand on te demande des conseils sur plein d’appareils photos que tu ne connais même pas. Ou bien quand on te donne l’appareil pour photographier la famille sous prétexte que tu es photographe. La dernière fois, j’ai photographié les narines de tout le monde, je crois qu’ils ont été un peu déçus.
- Si tu étais invisible une journée, quelle serait la première
chose que tu ferais ?
Je pense que j’irai me voir dans le miroir, pour être sûre. Puis j’irai voir si ça marche aussi avec les vêtements et les appareils photos. Si oui, j’irai prendre un avion pour très loin, si non, j’irai toute nue faire des blagues à mes amis !
- Qu’est ce que tu aimes le moins chez toi ?
Ce qui m’embête souvent c’est ma timidité, mais je crois que c’est aussi un atout pour ne pas trop être intrusive. Alors, j’essaie de me soigner tout en gardant les quelques bons côtés de ce défaut.
- Quel est ton achat le plus cher ?
Mon appareil photo, tout simplement.
- Ta maison brûle, quel objet sauves-tu en premier ?
Mon chat, mais ce n’est pas vraiment un objet…
Retrouvez cette interview complète dans notre n° 29 : http://issuu.com/shootingmagazine/docs/2012-04-shooting29